La liturgie n’est pas un show !

Les mystérieux arcanes qu’empruntent les algorithmes des réseaux sociaux ont mené jusqu’à moi cette phrase prononcée par Monseigneur Battut (évêque de Blois) dans le numéro 2109 de la revue Famille Chrétienne du 11 juin dernier (1).

Il est heureux que de temps à autre, nos évêques confirment à haute voix ce que dit l’Église sur ce sujet, apportant enfin un embryon de soutien à l’engagement des associations partenaires de la CEF (2) à laquelle l’ANFOL participe. Les formateurs et autres acteurs de la liturgie se sentent ainsi moins seuls et ont moins l’impression de prêcher dans le désert… Plus loin, nous reviendrons sur cette question.

L’orgue est qualifié par l’Église d’instrument sacré lorsqu’il est au service de la gloire de Dieu et du salut du monde… Mais il s’agit bien des mêmes composants et savoirs faire, dispensés par les mêmes facteurs d’orgue qui construisent un orgue pour une salle de concert ou un lieu privé, laïc ou public.
Certes, ce dernier n’est pas béni !
Aussi vous lirez sans doute avec plaisir, l’article de Claire Delamarche conservatrice de l’orgue de l’Auditorium Ravel de Lyon. Les idées d’animations ne manquent pas, et si l’on veut que les milliers de tuyaux ne retombent pas dans la poussière, il est bon de populariser par tous les moyens, l’immense potentiel que propose l’orgue !

Et peut-être serait-il bon çà et là, que l’instrument sacré des églises s’inspire de quelques propositions, à adapter, pour mettre à disposition des nombreux publics qui visitent nos lieux de culte, une meilleure connaissance de l’orgue.

Hors liturgie, l’orgue peut « faire son show », en tenant compte du lieu
évidemment ! On voit se propager depuis quelques années l’heureuse initiative de la retransmission du jeu de l’organiste sur écran. Évidemment, quelques râleurs objectent que cela déconcentre etc… Peut-être qu’en ce domaine, il y va comme il en était de l’huile de foie de morue qui permettait
une croissance en pleine forme malgré le mauvais goût ! Aujourd’hui, le public des personnes aimant l’orgue est fidèle et de plus en plus nombreux et très intéressé. Tant mieux !

A nous les serviteurs, de profiter de cette vague pour offrir un service (tant cultuel que culturel) de plus en plus abouti et de qualité toujours plus grande. Il est vrai aussi, que la vie d’un organiste liturgique n’est pas un long fleuve tranquille. Elle ressemble tantôt à la vie de la famille Groseille et tantôt au confort (apparent) des Lequesnoy (3) … (inutile de reprendre ici l’éternelle litanie sur la qualité des chants, ou les relations parfois compliquées avec le clergé ou les équipes liturgiques…).

Pour en revenir au « show » de l’orgue, hors liturgie bien sûr, je ne saurais que trop recommander la lecture d’un guide pastoral intitulé Musique et acteurs musicaux en liturgie aux éditions du Cerf, dans la collection Guides Célébrer qui pourra donner sens à la réflexion préparatoire à des propositions d’animation.

Le compositeur Jacques Charpentier (1933-2017) fut jadis l’organiste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, avant que l’église soit « conquise ». Il fut aussi un humaniste et un homme de grande culture. L’article de Jean-Luc Etienne, montre comment l’organiste sut placer la musique d’aujourd’hui dans le mouvement naissant de Vatican II.

On parlera aussi de Noël, même si c’est un peu tôt, mais parfois il vaut mieux s’y prendre à l’avance : les doigts et les pieds sont plus sûrs !

Il fut grandement question de la Vallée de la Roya lors des questions politiques concernant les migrants. Cette vallée au-dessus de Nice comporte d’extraordinaires orgues italiens, dont certains avec de somptueux buffets (Breil-sur-Roya par exemple). René Saorgin (organiste de la Cathédrale de Monaco et professeur d’orgue au Conservatoire de Nice) n’eut de cesse de les faire restaurer et connaître. Son premier disque à l’orgue de Tende fut une révélation (espérons qu’on le trouve encore chez Harmonia Mundi…). Plus tard il enregistra celui de Saorge (dont sa famille était originaire) avec des Noëls de Balbastre. Instrument à découvrir aussi dans ce numéro. La particularité de ces orgues était d’avoir gardé le fond ancien (le plenum ou
ripieno classique) auquel s’adjoignent les jeux de de concert… et aussi de percussion pour servir la musique du Padre Davide da Bergamo (1791-1863), dont la musique est complètement pétrie de l’opéra de Rossini pour du show liturgique… Heureusement, on peut y jouer aussi du Frescobaldi (1583-1643), et Emmanuel Bellanger nous en donne toutes les explications… avant de parler de l’inattendu en liturgie.

Bonne lecture !

Dominique Joubert
Diacre permanent et organiste titulaire de la Cathédrale de Valence

Notes:
1) à consulter sur internet
https://www.famillechretienne.fr/vie-chretienne/liturgie/mgr-batut-la-liturgie-n-est-pas-un-show-238262

2) Conférence des Évêques de France

3) Voir le film d’Etienne Chatiliez « La vie est un long fleuve tranquille », dont le chant « Jésus revient » a depuis, été dépassé en nullité musicale.
Mais dans le film c’est fait exprès…

Catégories : Préludes

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