Prêtres et musique

Ce ne fut pas toujours incompatible. Il fut un temps où les prêtres étaient musiciens. Les séminaires regorgeaient de pianos d’harmoniums et possédaient un ou plusieurs orgues. La formation comportait l’apprentissage du clavier, du chant choral et bien sûr, l’apprentissage du chant grégorien, car il était impensable qu’un prêtre ne chante pas les offices !

Cette sérieuse formation engendra des vocations où la musique et la foi se rejoignaient.
C’est alors qu’apparurent des prêtres organistes, des maîtres de chapelle et des compositeurs.

Préludes a voulu aborder ce sujet en rappelant quelques noms de figures musicales, peut-être avec quelque nostalgie… Certes, on nous répond toujours que l’Esprit Saint est à l’œuvre
aujourd’hui. Mais parfois, on peut se demander pourquoi il manque tant de culture musicale ! Pour un esprit saint, ce ne doit pas être compliqué d’apprendre un peu d’harmonie, connaître un tant soit peu la prosodie, les tessitures et l’histoire de la musique dans la tradition de l’Église. Ceci vaut pour toute louange si elle veut être digne.

Voici donc ce cortège de prêtres et chanoines qui ont marqué leurs diocèses et leurs paroisses. Mais ne rêvons pas le passé, certains d’entre eux furent aussi exécrables. Mais il y en eut aussi d’autres qui laissent une œuvre digne et belle. On ne parlera ici que des organistes, laissant de côté ceux qui composèrent des cantiques, tels Gélineau et Deiss, Godard et tant d’autres.

Il n’est pas possible non plus d’avoir dans cette revue une liste exhaustive de tous ceux qui ont marqué leur tribune. Et c’est avec regret qu’il a fallu faire des choix. Tous ne pourront être cités, mais le fait de parler ici de quelques-uns, réveillera les mémoires chez nos lecteurs. Certains ont déjà été évoqués dans Préludes, tels le chanoine Henri Carol à Monaco, on les retrouvera en ressortant des bibliothèques les anciens numéros de Préludes que vous conservez précieusement et relisez régulièrement n’est-ce pas ?

Et nous irons au Québec, au bord du Saint-Laurent à La Pocatière où un collège formait les élèves, et où l’organiste élève de Marcel Dupré fascinait les jeunes par un talent magnifique depuis l’orgue Casavant. Bien des vocations de toutes sortes se sont découvertes là, car ces lieux étaient aussi des viviers consacrés à la culture.

Au moment où nous parlons des prêtres musiciens, après le traumatisme de l’incendie de Notre Dame, on peut évoquer la figure du chanoine Revert maître de chapelle de la cathédrale, qui avec Pierre Cochereau aux grandes orgues, ont réussi contre vents et marées à maintenir le niveau musical coûte que coûte dans les années 1970-1980.
La grande histoire s’écrit avec toutes les petites anecdotes.
Michel Chapuis raconte que lorsqu’il était organiste de chœur à Notre Dame on pouvait passer en ce lieu « du grandiose au misérable ». Un dimanche de Pentecôte, Cochereau improvisa un sublime offertoire sur le Veni Sancte Spiritus, d’une éblouissante
lumière. Le maître de chapelle (qui n’était pas le chanoine Revert), s’emporte un peu : l’orgue prolonge. Le bouillant chanoine explose : « mais arrêtez-le nom de … ! » Chapuis qui avait un bouton électrique pour prévenir le grand orgue confessa : « ce jour-là, Monsieur le chanoine, je fis semblant d’appuyer sur le bouton ! »(1)

Bonne promenade chers lecteurs dans cette époque passée. Aujourd’hui nous avons à inventer une nouvelle histoire, difficile certes.Mais cette construction est aussi exaltante que celle de Notre-Dame ! Nous ne verrons pas les clochers de cette Église de Vatican II tout comme les humbles artisans des cathédrales ne virent jamais ce qu’était devenu leur travail. Mais c’est nous qui le contemplons.
Malgré les difficultés que parfois nous connaissons, travaillons et travaillons encore.
C’est par là que nous passerons du misérable au grandiose ! 􀁑

Dominique Joubert
Diacre permanent et organiste titulaire de la Cathédrale de Valence

1) Cité in Pierre Cochereau « Témoignages » par Yvette Carbou, ed. Zurfluh


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