« Hé bien, sortez  ! … »

C’est sur un ton peu aimable que l’irascible Charles Tournemire (1870-1939), invité par André Marchal à Saint-Germain-des-Prés s’adressa à Armand Vivet, Maître de Chapelle, qui au moment de la sortie d’orgue, s’attendait à un de ces cataclysmes sonores dont Tournemire avait le
secret.
Or ce jour-là, le Maître de Sainte-Clotilde s’appuyant sur la liturgie du jour, improvisait sur des jeux doux. Vivet s’approche : « Maître, c’est la sortie », Tournemire joue encore plus doux.
Vivet réitère et se prend cette… sortie, qui depuis est restée célèbre.

On peut effectivement jouer une sortie sur les jeux doux, même si nous savons que le peuple de Dieu rassasié et heureux quitte nos églises sans beaucoup de discrétion ni même d’attention particulière à ce qui se joue là-haut, à nos tribunes. Ne parlons pas des bavardages de deux ou trois personnes (1) qui, pour se faire entendre haussent le ton, des bruits des bancs ou chaises que l’on remet bruyamment en place etc… on peut
même se retrouver dans le noir, afin « d’économiser l’électricité ».

Merci pour le respect de notre ministère, et notre travail, avec cet agacement ajouté au fait que la sortie conclut la célébration ; elle en est même partie intégrante tout comme le prélude au chant d’entrée.
La mission de l’orgue est là, de préparer à la prière commune à l’entrée et d’en commenter les bienfaits à la sortie, c’est la conclusion, la réponse au « nous rendons grâce à Dieu » de l’assemblée.

La discrétion de Tournemire ce jour-là, m’amène à envisager un moment fondateur de notre foi : le matin de Pâques. Il ne s’y passe rien de particulier en ce lever du jour : pas de trompette retentissante, de manifestation particulière. Les oiseaux chantent de la même façon que d’habitude, mais, le tombeau est vide. Puis, selon les narrateurs, se déroule un dialogue sans témoin, inaudible par les éventuels passants dans le lieu.
Rien de particulier ou de remarquable.
Pourtant ce silence, cette discrétion de l’événement, est un coup de tonnerre dont les premiers effets se manifestent le soir même sur le chemin d’Emmaüs.

Là encore, les pèlerins sortent de l’auberge pour aller annoncer au monde ce qu’ils viennent de vivre. L’histoire ne nous dit pas si ils ont pensé à payer l’aubergiste. Aujourd’hui on « oublie » de donner à la quête ou au denier (voire de penser à la rétribution de l’organiste),
mais c’est une autre histoire!…

La séquence (obligatoire) du jour de Pâques, le Victimae Paschali Laudes, dit ceci (2) : « À la Victime pascale, les chrétiens offrent un sacrifice de louange ». Ce sacrifice de louange se conclut par la sortie d’orgue. Amen ! Alléluia !
A ce sujet, il n’est peut-être pas inutile de redire ce que dit la PGMR sur la fin de la célébration (n° 123 à 126) : « (…) Une fois achevée la prière de communion, on fera, si c’est utile, de brèves annonces au peuple. (…) Alors, normalement, le prêtre vénère l’autel par un baiser. Après l’avoir salué, avec les ministres, de la manière requise, il se retire ». Le chant dit « d’envoi
» n’existe pas dans la célébration eucharistique.

Ce numéro de Préludes, avec ses nombreux articles et musiques de toutes époques, et comme Tournemire, nous invite à « sortir».
Sortons à notre façon avec nos orgues et harmoniums, afin de partager avec nos contemporains, les merveilles que Dieu fait pour nous.
Ce sera pour nous notre façon d’être les Pèlerins d’Emmaüs.

Avec la sortie, nous annonçons joyeusement (mais pas forcément très fort !) la résurrection du Christ, tout en accompagnant le retour dans le monde de nos frères. Ceux-ci, bien que parfois bruyants, ne sont pas nos ennemis !
Cela change le sens de l’anecdote du début de cet édito.
« Cher organiste, c’est la sortie ! »
« Allez dans la paix du Christ … et sortez ! »

Dominique Joubert
Diacre permanent et organiste titulaire de la Cathédrale de Valence

Notes :
1) Il faudra qu’on m’explique pourquoi il y a toujours parmi elles une sourde… (que je plains sincèrement) !
2) « À la Victime pascale, les chrétiens offrent un sacrifice de louanges. L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié les pécheurs avec le Père. La mort et la vie se sont affrontées en un duel admirable le guide de la vie, bien que mort, règne vivant.Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin ? J’ai vu le tombeau du Christ vivant et la gloire de sa résurrection, Les anges témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, notre espérance, est ressuscité, il précèdera les siens en Galilée. Nous savons que le Christ est vraiment


Catégories : Préludes

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