« Tenez-vous prêts, vous aussi…»

      Certains organistes improvisent ; d’autres pas. La plupart du temps, ceux qui improvisent prennent possession de leur instrument et se laissent guider au fur et à mesure de la célébration, afin de seconder la liturgie au plus près. Ceux qui n’improvisent pas, doivent préparer leurs pièces afin d’être au plus près de la liturgie, en puisant dans le répertoire généreux que la période de Noël a favorisé.
Avant la fête de Noël, il y a l’Avent. Ce temps de préparation un peu particulier célébré en violet, trouble parfois la vision. Parfois dans les équipes liturgiques, on confond Avent et Carême, on ne se souvient plus si on chante l’Alléluia et/ou le Gloria, si l’orgue doit se taire, et pour les
plus avertis le « dimanche rose » Gaudete, est le même que celui du Laetare ! Sans compter le changement d’année liturgique (A ? B ? C ? …). Ce dont on est sûr, c’est qu’on va allumer une bougie sur la couronne
de l’Avent (devenue un incontournable rituel…).

Vivement Noël !

Oui Noël dont les commerçants nous rappellent sans cesse qu’il sera – ou doit-être grâce à leurs promos – « magique », « merveilleux», « féérique », une sorte de Disneyland gnangnan pour un bonheur factice.

Bref, il y a du pain sur la planche !

Les musiciens d’église le savent, il faut se tenir prêt. C’est à dire anticiper et prévoir et lancer des appels et des initiatives pour que ce Noël soit aussi de belle qualité musicale. Seconder les liturgies de l’Avent et celles de Noël, ce n’est pas rien ! Et la place de l’organiste pas négligeable. Il est bien souvent le seul musicien professionnel ; ainsi ses compétences peuvent être un auxiliaire précieux pour mener des répétitions avec tact
et intelligence. Une des difficultés vient sans doute de l’environnement dans lequel nous sommes plongés. Combien de fois d’interminables
réunions n’ont pour but que de mettre en place une nouvelle animation, – comme pour un nouveau menu de cantine – de dimanche en dimanche ! Il faut sans doute se replonger dans l’étude des rythmes de l’année liturgique pour lui donner son véritable sens, et particulièrement dans le domaine musical.
Ensuite, chaque liturgie a ses tensions et ses détentes propres.
Le chant d’entrée n’a jamais eu pour mission de « chauffer la salle », ne parlons pas du « chant d’envoi » qui n’existe pas dans la liturgie eucharistique. Et redire que la participation active n’est pas surmenage de l’assemblée… cette participation passe aussi par l’écoute et le silence !
Pour préparer ce temps, chacun trouvera ce qu’il peut mettre en œuvre pour donner sens et profiter des moments où la musique peut s’exprimer (Les grandes antiennes O ne sont pas difficiles à apprendre pour un soliste ou quelques voix, pas plus que le Rorate). Il est vrai que prêcher dans le désert ou pour des surdités qui frisent l’idéologie est parfois usant.

Mais il ne faut pas lâcher tout, tout de suite. Bon nombre de nos collègues quittent les tribunes. En cela, pour certains, ils quittent aussi l’Église. Il y a là aussi des brebis perdues que personne ne vient retrouver. C’est plus que dommage.

      Pour se tenir prêts, il nous faut de la motivation, des os à ronger, une Parole à méditer et un instrument par le truchement duquel nous servons.
Notre revue participe à ce service.

      Pour ceux qui souhaitent approfondir cette mission, sachez qu’il existe une collection très complète publiée aux éditions du Cerf, les Guides Célébrer. Parmi ceux-là, un, le numéro 20, publié en 2014, est un précieux document : Musique et acteurs musicaux en liturgie. Guide Pastoral.
Un beau cadeau de Noël à ajouter à l’abonnement à Préludes…

Dominique Joubert
Diacre permanent et organiste titulaire de la Cathédrale de Valence

NB : Notre dernier numéro était consacré aux prêtres organistes.
Nous citions le Père Abel Gaborit, organiste de la Cathédrale de Luçon. Celui-ci nous a quittés en juillet dernier à l’âge de 88 ans.
D’autre part, le grand organiste Louis Thiry (1935-2019) est décédé en juin. Outre sa carrière de concertiste, il fut professeur au Conservatoire de Rouen. Qualifié par Olivier Messiaen de « héros de la musique », il avait enregistré l’intégrale de la musique du Maître de la Trinité sur le Metzler de la Cathédrale de Genève. Ce qualificatif de « héros » est justifié par le fait que cet extraordinaire musicien avait eu les mains grièvement blessées en manipulant une grenade. Il lui manquait plusieurs phalanges. Ses enregistrements restent incomparables.


Catégories : Préludes

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